(...) L’indifférent moderne ne recherche pas l’ataraxie,
l’absence de trouble, selon le modèle défensif de
la citadelle intérieure stoïcienne ou épicurienne,
car l’attrait du vide naturel se double chez lui de l’attrait
du vide artificiel des techniques. La technique, au-même titre
que la nature, est indifférente. Aucun sens, aucune finalité
ne s’attachent à l’objet technique : un ready-made
est un détonateur, une centrale électrique et un ready-made.
L’indifférent ne voit pas dans le monde donné et
construit, un monde ordonné, ni même un espace géométrique
mais un vide vertigineux et multiple, un vide ouvrant sur le vide. Surtout
cet attrait du vide désigne toujours l’absence et non la
présence de l’objet. Et cette perception de l’absence,
cette présence de l’absence est sans doute la condition
d’apparition de l’objet, car l’objet n’apparaît
que sur fond de disparition. De même, rappelons-le, une parole
n’est entendue que sur fond de malentendu : il y a du vide entre
les mots. N’oublions enfin que l’absence est le ressort
de la passion, sans compter qu’elle est la prémonition
de la mort. (...)
Georges Sebbag